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Entretien et restauration du cuir par Motolégende

Publié le : 27/09/18 14:48:54 Restom dans la presse , Tutoriels Motolégende n°252 de janvier 2014

Le cuir est une matière vivante qui demande un entretien régulier pour conserver ses qualités. Quelques produits et gestes simples suffisent pour qu'il conserve souplesse, beauté et imperméabilité. Mais parfois, il a aussi besoin d'être restauré. Vous avez “du peau", on vous dit tout...

De tout temps, le cuir a fait partie de l’équipement du motard. Blousons, vestes, pantalons, combinai~ sons, bottes et gants bien sûr, mais aussi guêtres, masques, sacoches, tabliers, manchons, et même parfois casques ont été fabriqués dans cette noble matière. Il est vrai qu'il possède de nombreuses qualités, au point que même les tissus les plus modernes ne l’ont pas encore supplanté. Mais il a aussi un inconvénient : il est vivant et donc il vieillit. Et si l'on reprend un célèbre slogan des années 70 "Le cuir a su vous séduire, sachez l’entretenir...", il va falloir en prendre soin pour qu'il vieillisse bien. Et si malgré tout il devient trop dégradé pour continuer à servir, il est souvent possible de le restaurer pour qu'il retrouve ses qualités d'antan.

Mais attention, nous ne parlons ici que du cuir en tant que matière. Si votre équipement a besoin d'une réparation (accroc, couture qui a lâché, cuir brûlé ou déchiré suite à une chute), il faudra le confier à un pro car vous ne disposez pas d'une machine à coudre suffisamment puissante pour piquer le cuir. Pour le reste (salissures, tâches, décoloration, moisissures, dessèchement), tout est réalisable par vous même. Rien de bien compliqué dans ces travaux, il suffit de quelques produits et de beaucoup de chiffons que nous tremperons dans de l'huile... de coude.

Motolégende

Y'A DU BOULOT !

Ce blouson des années 70 est en piteux état. Outre une couture à faire reprendre par un cordonnier et des fermetures éclairs à dégripper, il présente surtout un cuir sale, très sec et même moisi, signe qu'il a été stocké sans précaution dans un endroit humide.

BEURK !

Ce gros plan met en évidence la moisissure, mais aussi des craquelures en cours d'apparition. Nous allons donc le nettoyer, le re-teinter, le réhydrater, et enfin le protéger pour lui donner une seconde vie.

DE L'EAU AVANT TOUT...

On débute nos travaux de restauration par un simple lavage à l'eau claire a l'aide d'une éponge bien essorée. Rincez-la fréquemment et changez i'eau souvent pour débarrasser le cuir des moisissures.

ALORS LA, JE SECHE !

Une fois lavé, le cuir est humide et il faut l*essuyer. Les chiffons en microfibres sont parfaits pour ce travail. Terminez le séchage en suspendant votre blouson sur un cintre dans un endroit aéré et à l'ombre pendant quelques jours. S'il y a des réparations à effectuer, comme la reprise de coutures ou le remplacements de zips, c'est a ce stade qu'il faut faire intervenir le professionnel.

...MAIS AUSSI DE L'ALCOOL !

On poursuit le nettoyage du cuir en le frottant énergiquement avec un chiffon blanc bien imbibé d'alcool a brûler. Cet excellent détachant va débarrasser le cuir des anciennes couches de graisse et de cirage. Le noir sur le chiffon n'est pas dû à une décoloration du cuir mais à la crasse qui se détache. Continuez jusqua ce que le chiffon soit propre, ou presque (prévoyez une grande quantité

ATTENTION, DANGER !

Nous allons maintenant décolorer le cuir. Pour ce faire, nous utilisons de l'ammoniaque qui est un excellent décolorant. Attention, travaillez dans un endroit aéré et avec un masque de protection spéciale car c'est un produit volatile et très toxique pour les voies respiratoires. On travaille de la méme maniere qu'avec l'alcool à brûler, sauf que le noir sur le chiffon n'est plus de la crasse mais du pigment.

POUR RICHE ET FAINEANT

Pour travailler plus vite, on peut remplacer I'alcool et l'ammoniaque par un produit unique, Ie décapant pour cuir, qui s'applique de manière identique = chiffon blanc et huile de coude. La saleté et la couleur sont éliminées plus rapidement, mais pour un prix bien plus élevé. Alors qu'un litre d'alcool et d'ammoniaque coûtent respectivement environ l,ó0 et 1,75 €, il faut débourser plus de 40 € pour un litre de décapant (comptez 20 € de produit pour un blouson). Dernier détail : la décoloration ou le décapage est bien sûr suivi d'une période de séchage.

NOIR, C'EST NOIR...

Le cuir est nettoyé, décoloré et séché, on peut maintenant le teindre avec une teinture en vente en cordonnerie. Il faut toujours teindre dans une couleur plus foncée que la teinte originelle. Dans le cas de notre blouson, pas de soucis, le noir remplace le noir l La teinture s'applique au pinceau en croisant les passes et en insistant sur les coutures. Pour un résultat parfait, appliquez deux couches en laissant bien sécher entre les deux.

UN BUFFLE POUR LE CUIR...

Laissez sécher votre cuir quelques jours dans de bonnes conditions et passez le au touret à polir sur lequel vous aurez monté un buffle de toile souple. Le but de la manoeuvre est d'aviver la couleur et de la fixer par la chaleur dégagée par le polissage.

SURTOUT PAS DE CIRAGE !

On passe maintenant au nourrissage du cuir a l'aide d'un baume, coloré ou non, qui a pour but de lui faire retrouver sa souplesse. Attention, j'insiste sur le fait que ce produit n'est en aucun cas un cirage. Ce dernier est en effet néfaste au cuir car il en bouche les pores, alors que le baume laisse respirer le cuir.

LE CHIFFON : OUTIL DE BASE

On applique le baume avec un chiffon jusqu’a ce qu'il pénètre dans le cuir, en insistant particulièrement sur les coutures pour assurer une bonne imperméabilisation. Puis on lustre le cuir a l'aide d'une brosse.

L'HUILE, C'EST LE PIED

Les plus fignoleurs pourront terminer en appliquant de l'huile de pied de boeuf qui va nourrir, assouplir, imperméabiliser et protéger le cuir contre les moisissures. Elle uniformise aussi la couleur et ne laisse pas de trace de graisse. Cette huile s*applique au chiffon en frottant circulairement et en travaillant sur une petite surface a la fois. Sur les cuirs épais et qui ont été particulièrement desséchés, il est bien de procéder à deux applications successives à quelques jours d'intervalle.

Y'A PAS PHOTO !

Nous n'avons volontairement traité qu"une manche, pour vous montrer la différence entre avant et après traitement. Spectaculaire n*est-ce pas ? Et encore, le magazine ne permet pas de rendre compte de la souplesse retrouvée et de la bonne odeur du cuir remis à neuf l Mais attention à ne pas laisser le cuir se dégrader a nouveau. ll faut maintenant l'entretenir régulièrement avec le baume adéquat ou l'huile de pied de boeuf, plus quelques astuces que nous allons voir maintenant.

LES BOU ES ET LES COULEURS...

La première règle a respecter pour l'entretien des objets en cuir, c'est que l'on ne les range jamais alors qu'ils sont sales. C’est particulièrement vrai pour les bottes. Un simple coup d'éponge au retour d'une balade suffit pour les débarrasser de la poussière ou de la boue, et éviter que cette dernière ne sèche et que des taches maculent durablement le cuir.

LVM A LA RESCOUSSE...

Mais attention, ne laissez jamais le cuir mouillé, essuyez le avec un chiffon en microfibres et, dans le cas de bottes dont I'intérieur est trempé, bourrez les de boules de papier journal (celui de LVM est parfait...) qui va absorber l'humidité, et remplacez le papier (abonnez-vous !) s'il devient trop mouillé.

100 FOIS SUR LE METIER...

Lorsqu'elles seront bien sèches, il faudra les nourrir avec un baume spécial cuir qui va aussi les protéger et les imperméabiliser. Ce traitement est a renouveler régulièrement car le cuir n'est pas naturellement imperméable.

C'EST MADAME QUI VA ETRE CONTENTE...

Si vous roulez souvent sous la pluie, voici une recette de grand-père particulièrement efficace pour imperméabiliser durablement vos bottes. Seule restriction, elles doivent être 100 % en cuir. Commencez par plonger vos bottes dans l'eau et attendez qu'elles soient bien gorgées de flotte (vous pouvez aussi attendre le retour d'une balade bien arrosée. _ _). Faites alors chauffer modérément le four de la cuisine et placez-y vos bottes. Surveillez “la cuisson” et retirez-les des qu'elles commencent a fumer. Aussitôt, badigeonnez-les d'huile de pied de boeuf avec un pinceau. Comme les pores du cuir sont dilatés par la chaleur, l'huile est instantanément bue par le cuir et l’imperméabilise en profondeur.

DERNIERS CONSEILS

Soignez le stockage de votre équipement en cuir. Choisissez un endroit frais, sec, a l'ombre et bien aéré. Évitez les armoires closes ou les vêtements sont serrés les uns contre les autres. Si nécessaire, utilisez un absorbeur d'humidité dans le placard ou la pièce. En ce qui concerne les bottes a tige haute, pensez à les maintenir en forme en y glissant une bouteille vide en plastique Si vous suivez ces quelques conseils, vos cuirs resteront longtemps en parfait état, avant que vous ne les restauriez.

Par Pierre Legende

Motolégende n°252 de janvier 2014